Ornella Assinga-Roberts : La création c’est quelque chose qui nourrit mon âme au quotidien.

Qui êtes-vous Ornella?

Je suis Ornella Assinga-Roberts, je suis mère et épouse, j’ai fait des études de sciences économiques à l’université Marien Ngouabi de Brazzaville en République du Congo. Entre 2009 et 2011, j’ai poursuivi une formation de master en sciences économiques et commerce international à l’université du Kansas aux États-Unis. Entre 2012 et 2014, j’ai travaillé dans les télécoms, le transit (au Congo) et dans le secteur minier (au Ghana).  En fin 2014, je suis captivée par l’art créatif des pagnes tissés et du batik. Je décide donc de suivre une formation en mode à l’institut Afra-K du Ghana. Je participe également à quelques ateliers de formation sur la confection des accessoires de mode et de décoration lors de mes différents voyages à Londres en Angleterre. À la suite de ces diverses formations, je mets en place l’atelier Ornella Roberts qui est une plateforme de formation dans les métiers d’art, et aussi une plateforme de production des accessoires de mode et de décoration ethniques.

Vous êtes Directrice générale de l’Atelier Ornella Roberts basé à Accra… et aussi de l’initiative Lokéto. Parlez-nous un peu de votre atelier et de votre passion pour le tissu.

Tout a commencé avec le tissu, plus précisément le batik, le bogolan et les pagnes tissés. Au Ghana, je me suis retrouvée dans une atmosphère ultra artistique, qui m’a vite séduite. J’ai commencé par réaliser des accessoires personnels avec du tissu et des perles ; ce qui a suscité le regard admiratif de mon entourage. J’ai commencé l’atelier à la maison, et j’ai sollicité quelques dames de mon voisinage. À la base, l’idée était de former et de produire pour notre marché local. Quelques années plus tard, le concept reste le même, mais je me déplace une ou deux fois dans l’année dans la sous-région pour animer des ateliers de formations en partenariat avec les ONG qui militent pour l’éducation et la formation, tel que l’ONG Butterfly au Congo-Brazzaville où nous avons déjà réalisé deux ateliers.

Lokéto est une ligne vestimentaire de l’atelier Ornella Roberts qui propose des tenues faites sur mesure pour des occasions de mariages et d’autres cérémonies prestigieuses.

Qu’est — ce qui vous a amené sur cette voie de la création à partir du tissu?

Je dirais que c’est une histoire d’amour avec le tissu, un langage que j’ai pu décrypter. Ensuite, une porte s’est ouverte, je m’y suis introduite, et c’était le coup de foudre. La création c’est quelque chose qui nourrit mon âme au quotidien.

Parlez-nous de vos initiatives à Nkayi. Pourquoi spécifiquement Nkayi?

Dans cette belle aventure, je rencontre des jeunes dynamiques et très passionnés de l’entrepreneuriat, c’est ainsi que je fais la connaissance d’une jeune femme congolaise, entrepreneure, qui est fondatrice d’une agence de mannequinat à Nkayi (Omiche Agency). Nous avons discuté de la possibilité de faire une étude de marché sur Nkayi, qui est d’ailleurs sa ville natale, donc à la suite des différents échanges nous avions jugé qu’il y avait un potentiel à explorer sur le marché de la mode à Nkayi. Elle a rejoint mon équipe comme ambassadrice et partenaire. Elle organise régulièrement les ventes et expositions de nos articles, et toutes les activités liées aux ateliers Ornella Roberts dans ville de Nkayi.

Quelles sont vos autres activités en République du Congo, votre pays d’origine?

Au Congo, nous avons déjà réalisé deux ateliers de formation en partenariat avec l’ONG Butterfly. Nous avons jusqu’à ce jour formé 94 personnes (hommes et femmes), et ces derniers œuvrent déjà dans le marché local, ensemble nous bâtissons progressivement un réseau des créateurs du Congo. Ceci est une activité récurrente, car nous avons fixé comme objectif, celui d’outiller via nos formations, les jeunes talents ou simplement les passionnés des métiers d’art au Congo. Donc chaque année au Congo-Brazzaville, le mois d’avril dans notre agenda est réservé pour les ateliers de formation.

Quels sont les articles que l’on peut trouver chez vous?

Alors, nous avons trois catégories :

Les vêtements (homme et femmes)

Les accessoires de mode (sacs, bijoux, ceintures, etc.)

Les accessoires de décoration (coussins, rideaux, l’art de la table et autres).

Un créateur dans le monde qui vous touche beaucoup?

Absolument, je suis une grande admiratrice et en même temps très fier du savoir-faire des autres créatrices, je pense que l’art nous met devant un fait accompli irréfutable, au Ghana je suis très fan des créations Pistish et Christie Brown.

Créer pour vous, c’est

C’est voyager !

Enseigner la création pour vous c’est quoi?

Je dirai plutôt que j’enseigne les techniques de confection, je ne pense pas être en mesure d’enseigner la création ou la créativité parce que c’est un rapport personnel avec la façon dont on perçoit le monde, ça peut être une interprétation quelconque des émotions, un passé, un vécu, etc… Ce que je fais, j’enseigne comment transformer une idée ou une vision en quelque chose de tangible. Et pour moi, c’est simplement donner le meilleur de moi-même, c’est créer un pont entre l’autre et moi.

La création qui vous a le plus marqué dans votre vie?

La création « Conscience » de la marque ghanéenne Christie Brown.

La personne que vous auriez aimé habiller et pourquoi?

Je pense que la liste est longue, mais je vais juste citer quelques noms : Madame Michelle Obama, l’actrice Aïssa Maïga, et la chanteuse béninoise Angélique Kidjo. Ce sont des modèles pour la femme que je suis, et chacune dans son travail porte grand message d’unité, d’amour et de courage, le tout avec beaucoup de classe et d’élégance, ce sont mes women crush.

La réalité que vous chérirez dans cent ans…L’héritage culturel dans sa diversité, les rencontres, ce que j’aurais imprégné à mes enfants, ce que j’aurais donné en retour à ce monde, à mes amis, et à mes collaborateurs,

Quels sont vos défis dans les années à venir?

Au-delà de l’aspect business, je souhaiterais œuvrer encore plus pour une cause qui me tient à cœur : celle de former et de faire passer les connaissances que j’ai acquises à des générations futures.

Si je vous demande le mot qui décrit le plus votre conception de la Vie, ce serait lequel?

Exploratrice. La vie est un merveilleux voyage sur une route remplie de mystères tant bien que mal, mais j’ose la vie.

Nous avons tous droit à un lieu qu’on aime, qui nous remet les pendules à l’heure. Alors, quel est pour vous le lieu où l’atelier qui vous parle le plus à Accra ou dans le monde? Et pourquoi?

Au Ghana, je suis dans un grand bain de culture et de créativité, il y’a des expositions d’art chaque semaine, à chaque coin de rue, mais mon lieu fétiche, si je peux me permettre de le dire ainsi, un lieu authentique où je puise mon inspiration, où j’entre vraiment dans un vif contact avec l’imaginaire, c’est le marché local. Le marché pour moi c’est la grande scène. Je vais au marché 2 à 3 fois dans la semaine, pas toujours pour les courses, mais pour m’imprégner des valeurs et des connaissances, telles que le courage, le langage de la négociation et la ténacité de nos mamans commerçantes; elles sont mes muses. Toute la culture est là au marché, c’est un brassage de plusieurs d’ethnies, un véritable lieu de rencontre d’idées et de personnalités qui va au-delà des échanges commerciaux, et c’est ça qui me parle.

Quelle cause vous tient le plus à cœur?

Mon projet de formation reste mon plus grand rêve, l’entrepreneuriat dans la jeunesse africaine, c’est quand même un sujet assez populaire, et on en parle sur toutes les plateformes, mais le besoin est toujours là, celui de mieux encadrer nos entrepreneurs parce qu’ils ont tous de très bonnes idées, cela dit nous avons encore besoin des formations techniques, pluridisciplinaires pour mieux outiller nos entrepreneurs.

Est-ce que posséder une bonne idée suffit pour lancer une entreprise?

La bonne idée, c’est la graine, qu’on enfouit dans le sol, et pour une meilleure germination il faut réunir d’autres conditions. Une idée innovatrice c’est déjà un début, mais après, il faut faire l’étude du marché pour évaluer la faisabilité, faire son business plan et chercher des financements ou des partenaires pour mieux se positionner.

Qu’est-ce que vous auriez aimé savoir avant de vous embarquer dans le monde de l’entrepreneuriat? Pourquoi

Pour mon cas, c’est la même chose qui pose un problème jusqu’à ce jour, la logistique, c’est très complexe dans la sous-région. Nous sommes basés au Ghana et nous avons des demandes venant de chaque coin du continent, mais la logistique n’est pas très fiable, d’ailleurs les coûts sont très élevés, pour servir les pays comme le Malawi ou la Namibie où nous recevons régulièrement un bon nombre de demandes. C’est tout un calvaire. Par contre, pour expédier en France, Canada ou aux USA ça marche très bien même avec la poste en une durée de 12 à 14 jours.

Des suggestions à ceux et celles qui veulent se lancer dans le monde de l’entrepreneuriat en Afrique? Comment démarrer et comment pérenniser son activité?

Je ne cesserai de le dire, je pense qu’en Afrique il y a encore de la place pour un bon nombre d’entrepreneurs, et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je forme les futurs afro preneurs dans les métiers de la mode. Il faut commencer par une formation, ensuite créer une niche ou une base clientèle autour de soi, il est aussi important de former des partenariats avec d’autres acteurs qui sont dans le même corps du métier.

Femme d’affaires et maman… comment arrivez-vous à concilier ces deux responsabilités?

Femme d’affaires et maman sont deux volets de ma vie qui me complètent parfaitement, je travaille de 9 h à 15 h à l’exception du week-end, ce qui fait que le reste de l’après-midi j’organise ma maison. Pour mieux gagner du temps, je prépare toujours mes journées en avance entre 21 h et 23 h avant de me coucher.

Interview réalisée par Nathasha Pemba

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